Mercredi 1er Octobre

Et voilà c'est le grand jour... Aujourd'hui, ce 1er octobre, j'ai atteint mes 19 ans, et ma majorité. C'est quelque chose n'est ce pas? Et ben, pour vous dire la vérité, ça m'emballe pas outre mesure moi... Parce que chez moi, majorité ça veut dire fin de l'heureuse insouciance, et préparation à la succession. Mais peut être faut il que je vous explique qui je suis, histoire que vous compreniez un peu mieux.

Je m'appelle Gaël, j'ai 19 ans donc, et je suis Prince. De la jolie province d'Yllonis, pour être précis. Yllonis, je trouve que c'est le pays le plus beau du monde. Certes, je ne suis probablement pas objectif, mais comment ne pas trouver magnifiques ces immenses forêts, ces lacs d'eau claire, et ces larges vallées d'herbe qui brillent au soleil? J'y ai passé toute ma courte vie, je connais probablement tous les arbres par c½ur, et il y a de fortes chances pour que jamais je n'explore d'autres pays. On n'est pas très voyageurs dans la famille, et rares sont ceux qui ont dépassé les confins d'Yllonis.

Mon père, Robin le Sage, est le roi de cette merveilleuse contrée. Je ne connais personne de plus calme, de plus réfléchi et de plus sérieux que mon père. Jamais je ne l'ai entendu hausser le ton, et même quand j'étais petit un seul de ses regards suffisait à me faire tenir tranquille... Il faut dire que du haut de son mètre 90, il est très impressionnant mon père. Et pourtant, excepté durant les entrainements, je ne l'ai jamais vu se battre. 32 ans de règne, et pas une seule guerre. Régler les conflits par les armes, ce n'est pas son genre. J'ai beaucoup de respect pour lui, et je déplore de ne pratiquement rien avoir hérité de lui, que ce soit physiquement ou moralement. A vrai dire, la gérance d'Yllonis sera probablement le seul point commun que nous aurons tout au long de notre vie. Mais je sais que malgré mes défauts et mes étourderies, il m'aime, et que je pourrais toujours compter sur ses précieux conseils.
Avec ma mère, Blanche, ils forment le couple le plus improbable que je connaisse. C'est d'elle que je tiens ma taille modeste (1m73 :'( ), mes épais cheveux bruns, mes yeux gris clair, et ma capacité à suivre mes pulsions sans réfléchir, et à me fourrer dans les ennuis les plus inimaginables. Il faut dire que c'est quelqu'un ma mère. C'est difficile à imaginer qu'un aussi petit bout de femme soit si énergique, dirige toute la maisonnée, et jure comme un charretier. Si mon père dirige le pays, à la maison, c'est mère qui commande, il n'y a pas à en douter!
A part ça, la famille se constitue également de mes trois s½urs. Il y a d'abord Mathilde, ma s½ur jumelle, qui ressemble autant à notre père que moi à notre mère. C'est une fille très discrète, voire secrète, et j'ai toujours eu du mal à la cerner. Et malgré notre gémellité, nous avons toujours eu du mal à avoir ce lien quasi fusionnel qu'ont souvent les jumeaux. Mais c'est probablement la femme que je respecterais le plus au monde, c'est un modèle de droiture, ma s½ur. Ensuite, plus jeune que nous de trois ans, il y a Anaïs. A son sujet, il n'y a pas à tergiverser, mes sentiments sont très clairs : c'est une petite peste prétentieuse! Une fouineuse qui a passé toute sa jeunesse à nous embêter, Mathilde et moi, et à rapporter nos bêtises (enfin surtout les miennes, Mathilde ne faisait que me couvrir, la plupart du temps) aux parents. Combien de fois j'ai été puni à cause de cette idiote... Et maintenant qu'elle a 16 ans, les choses sont loin de s'être arrangées. Elle passe son temps à se pomponner, à faire des ½illades sans équivoque à tout jeune mâle qui passe dans le coin, etc... A croire que seuls les garçons l'intéressent. Avant de songer à se marier, elle ferait mieux de terminer ses études, comme Mathilde. C'est pas pour rien que père a décrété que les filles devaient s'instruire de la même manière que les garçons, et devenir plus importantes qu'avant. Mais quand je vois Anaïs, je me dis qu'offrir le savoir aux filles, c'est vraiment donner du lard aux cochons... Vous imaginez, vous, grandir entre une ombre silencieuse et une effrontée? ça n'a pas été facile tous les jours, croyez moi! Mais heureusement, heureusement... Il y a aussi Camille. Camille, mon petit rayon de soleil. Elle n'a que 10 ans, mais c'est avec elle que je m'entends le mieux, c'est elle ma seule et unique confidente, c'est elle ma partenaire dans tous mes mauvais coups. Et bien quoi? J'ai dit que j'avais atteint ma majorité, pas que j'étais mûr et réfléchi! Pour tout vous dire, je soupçonne même que ma petite Camille est déjà plus mûre et réfléchie que moi... Cette gamine, contrairement à Mathilde, est assez ouverte d'esprit pour me suivre dans n'importe quelle embrouille, coup bas ou supercherie. Et contrairement à Anaïs, elle est assez gentille pour ne pas chercher à m'enfoncer en allant tout répéter aux parents. Et puis, entre vous et moi, quelle meilleure alliée qu'une fillette de 10 ans? Avec son sourire innocent à toute épreuve, et sa fausse naïveté, elle ferait craquer n'importe qui. Même ma mère n'a pas le c½ur à la disputer. Je crois bien être le seul à savoir toute la mesquinerie et la fourberie qui dort sous ces boucles blondes.

Enfin bref... Je m'étale, je m'étale, et je m'éloigne du sujet qui nous intéresse : mon anniversaire! 19 ans, c'est double ennuis, et double galère. Parce que visualisez un peu la chose. La majorité, ça veut dire que je vais devoir commencer à me préparer à succéder à mon père. Pendant des années, je vais supporter des cours de politique, des leçons de gérance... Rien qu'à l'idée je suis déjà ennuyé à mort. En plus, quand les beaux jours reviendront, il va falloir que je parte à la chasse à la princesse... Oui oui, vous avez bien lu! La chasse à la princesse! C'est simple, je n'ai que 19 ans, mais je vais devoir aller "sauver" une jeune fille de lignée royale, une jeune fille qui deviendra ma future épouse... Ce n'est qu'une mise en scène bien sûr, une manière de perpétrer le folklore et de pouvoir raconter de belles histoires à ses enfants au coin du feu... Mais le résultat sera bien là : je vais me coltiner une pauvre fille que je ne connais ni d'Ève ni d'Adam. Sympa d'être le futur roi hein? On décide de votre vie pour vous. Y en a que ça arrange, moi ça me dérange plus qu'autre chose.
Bon, encore, la princesse, je m'en arrange, et puis j'ai le temps, quelques mois encore. Mais ce qui me tue, me tord le ventre et m'empêche de manger depuis deux jours, c'est le dragon. Demain, à l'aube, j'accompagnerais mon père et quelques uns de ses sujets à la première chasse au dragon de ma vie. Un rite initiatique en quelque sorte. Autant vous dire que j'ai une sacrée trouille! Et s'il me dévore le dragon hein? C'est pas comme ça que je vais devenir roi! Heureusement, Mathilde, qui fête également son anniversaire aujourd'hui (on est pas jumeaux pour rien!), fait aussi partie du voyage. Je ne vois pas trop ce qu'elle va faire, après tout c'est une fille seulement intéressée par les bouquins. Peut être la cuisine? Ou le soutien moral? On verra bien... En tout cas, sa présence servira déjà à me rassurer... un peu... Bon je crois que je vais aller me coucher, histoire de cauchemarder sur des lézards géants.


Bon sang... UN DRAGON!!! T_T



Copyright Emmanuelle B.

# Postato mercoledì 01 ottobre 2008 12:15

Modificato domenica 05 ottobre 2008 06:12

Jeudi 2 Octobre

... Voilà c'est officiel : ma vie n'est qu'une grotesque farce! J'ai passé la pire - je dis bien la pire! - journée de ma vie!

Faut dire que déjà ça partait sur de mauvaises bases... Lever à 4h, carrément l'aube... Ah il est loin le temps de ma grasse matinée adorée. Tout ça pour aller chasser un malheureux dragon en plus. C'est de ma faute si des dragons on en trouve difficilement à Yllonis, et qu'il faut aller à Perpète-les-oies pour les voir? Enfin bref... Vous imaginez mon humeur, j'étais pas très réceptif au charme bucolique d'une promenade matinale... Quand il s'avère que vous êtes le seul à faire la gueule (oui, n'ayons pas peur des mots, j'assume! Vous aimeriez, vous, vous lever si tôt? Ouais ben voilà...), ça vous casse le moral encore plus. Bon sang, ils étaient tous frais et dispos, comme s'ils avaient dormi 12 heures. Mon père et ses hommes étaient tous excités à l'idée de la future chasse, et s'amusaient à plaisanter entre eux, sans même songer à m'épargner de leurs rires sonores... Mal de crâne pour bien débuter la journée, et j'aime même pas le café fort... T_T... Même ma chère et douce Mathilde respirait l'attente impatiente. A croire qu'elle n'attendait que ça, de se retrouver devant un dragon fumant! Suis je le seul à vraiment me rendre compte de ce que nous nous apprêtons à faire? Suis je le seul à avoir un cerveau? Bon sang, j'en ai marre de toujours être le plus mûr de la maison... (Pas de commentaires, quand j'ai pas mon compte de sommeil, j'ai le droit d'être d'aussi mauvaise foi que je veux!). Et en plus, vous n'avez pas vu comment j'ai été obligé de m'habiller... Ben oui, que voulez vous... Quand un prince va à la chasse au dragon, faut bien arborer le costume qui va avec, histoire de préserver le folklore. Au revoir mes confortables jeans et mes T Shirts de marque, et bonjour à la côte de maille, au pantalon si moulant et serré que je me demande si je pourrais avoir des enfants un jour, et à la lourde cape en fourrure. La honte... Mathilde, elle, en habits masculins, elle ressemblait à une Nymphe de la forêt. Vous savez, genre femme guerrière et tout... La classe quoi... Mais moi, j'avais vraiment l'impression d'être un idiot.

Bon, pour être franc, s'il n'y avait eu que ça, tout aurait été bien. Ma mauvaise humeur aurait disparu au fur et à mesure que le soleil se levait, et j'aurais surement fini par apprécier le voyage. Mais Dieu est probablement jaloux de moi, ou je suis un mauvais sujet je ne sais pas. En tout cas, il ne m'apprécie pas beaucoup, sinon il n'aurait pas mis ces deux obstacles sur mon chemin. Première épine dans mon pied : cette chère Anaïs. Figurez vous que ma s½ur préférée n'a rien trouvé de mieux que de nous tomber dessus alors que nous sortions du manoir familial pour se mettre en route. Comment elle a fait pour être debout à cette heure, c'est un des mystères les plus énigmatiques de l'histoire de l'humanité. S'il y a bien quelqu'un qui apprécie encore plus son lit que moi, c'est bien elle. Mais elle était là, chaudement habillée, à supplier notre père de l'emmener avec nous. Je vous avoue qu'intérieurement j'ai bien rigolé. Elle ne manquait pas de culot la frangine. Comme si nous allions nous embarrasser d'une pauvre fille même pas majeure qui allait se mettre à pleurer à la moindre égratignure. Jamais père n'accepterait! Malheureusement j'avais sous estimé le pouvoir de ces grands yeux enjôleurs... Père n'a pas été capable de refuser ça à sa fifille chérie. Après avoir pris quelques dispositions (un cheval et des provisions supplémentaires), voilà que nous nous retrouvions avec Anaïs dans le groupe... Cette garce a passé tout le début du voyage à se moquer de moi et de mon accoutrement ridicule. J'ai failli l'étrangler un bon millier de fois. Et puis, très court moment de grâce... La pauvre a trébuché sur un caillou, près d'un précipice, et a glissé jusque dans le vide (Mouhahaha!!!! Victoire!!!!). Agrippée au bord du ravin, elle hurlait à pleins poumons tout en pleurant. Le plus beau moment de ma vie! Mais toute bonne chose à une fin, c'est bien connu. Gêné par le regard lourdement accusateur que posait Mathilde sur moi, j'ai dû me résigner à aller participer au sauvetage de la pimbêche.

Mais elle m'a agrippé le bras si vivement, sous l'effet de la panique, que je suis passé la tête la première par dessus elle, pour me retrouver suspendu dans le vide à mon tour... Voilà, ça c'est fait... Quand j'ai vu le vide sous moi, je me suis dit que c'était pas vraiment le moment pour découvrir que j'avais le vertige. Mais c'était trop tard, et là, j'ai vraiment apprécié que mon pantalon soit si serré, tout compte fait. Et puis, enfin, j'ai entendu des voix inconnues s'ajouter à celles de mon père et de ses hommes. Heureusement, on n'était pas loin d'un village, et des paysans étaient venus nous prêter main forte. Ils ont remonté Anaïs assez rapidement, et je crois bien qu'elle avait carrément fini par s'évanouir de peur, vu que ça faisait quelques secondes qu'elle ne criait plus. Et puis ça a été mon tour... Et c'est là que j'ai été présenté à mon pire cauchemar... Christian... C'est lui qui est descendu dans le ravin, attaché à une corde, pour me remonter. Dés la seconde où il a posé ses mains sur moi, je l'ai détesté. Ma situation semblait vraiment l'amuser, et malgré le sérieux qu'il mettait pour m'aider à remonter, je ne pouvais pas ignorer la lueur ironique dans son regard. Une fois les pieds sur le sol, j'ai pu mon concentrer davantage sur le bonhomme, pour constater que je l'aimais de moins en moins, décidément. Un grand échalas aux cheveux blonds en pagaille, avec un grand nez parsemé de tâches de rousseur, et un large sourire moqueur qui laissait voir toute sa fourberie (Pas objectif, moi? Pfff...). Il était à peine plus vieux que moi, et pourtant lui il avait déjà tout d'un homme. Le travail dans les champs probablement. ça forme les muscles et le caractère, m'avait un jour confié mon père. Et vous savez quoi? Il s'est avéré que Christian faisait partie du groupe de paysans qui devaient nous accompagner à la chasse au dragon. Quand je vous dit que je suis maudit...

J'ai donc passé le reste de la journée entouré de mon père encore plus silencieux que d'habitude (l'aurais je déçu?), d'une Mathilde plus que stoïque (je la soupçonne d'avoir passé la journée à essayer de ne pas rire de mon infortune. Tout à son honneur!), d'une Anaïs enfin lassée de se moquer de moi, mais occupée à couver d'un regard langoureux Christian, et d'un Christian... Plus princier que moi... Quand on a installé les tentes pour la nuit, je m'y suis précipité sans même manger, malgré la faim qui me tenaillait le ventre. J'ai estimé avoir été assez humilié pour la journée. Quand un peu plus tard mon "partenaire de chambrée" est entré dans la tente, devinez de qui il s'agissait? Christian bien sûr! C'est avec lui que j'allais partager ma tente pendant tout le voyage! Super... Et vous savez quoi? Monsieur m'avait apporté un peu de nourriture... Ben voyons... Fais le gentil va... Je t'ai percé à jour moi, espèce de bellâtre mesquin! N'empêche que si ce n'était pas pour protéger ma dignité, j'aurais bien dévoré cette cuisse de poulet... Bon sang qu'est ce que j'avais faim... Mais qui dort dîne, et j'ai donc fait semblant de dormir, pour éviter la conversation de ce type. Selon mes calculs, on n'atteindra pas les montagnes, où résident les dragons, avant demain soir. Ce qui veut dire que je vais devoir me le coltiner encore au moins 2/3 jours... La galère totale... Je suis maudit...


Copyright Emmanuelle B.

# Postato venerdì 03 ottobre 2008 15:52

Modificato domenica 05 ottobre 2008 06:12

Samedi 4 Octobre

Je suis cassé, je n'ai plus de bras, je n'ai plus de jambes, j'ai envie de pleurer comme un bébé... Bref, je suis mort! Les dragons, c'est vraiment pas de la tarte! Jamais, jamais on m'y reprendra, je le jure devant Dieu! La journée d'hier a pourtant été d'un ennui mortel, on l'a passée à voyager dans le silence le plus total (en tout cas moi j'ai pas lâché un mot!). Moi je m'étais dit que si ça continuait comme ça, les dragons ça serait dans la poche. Tu parles... Dés l'instant où nous sommes arrivés aux abords des montagnes, à la nuit tombée, j'ai su que nous allions souffrir. On ne voyait pas encore les sales bestioles, mais on les entendait en tout cas. Vous n'imaginez pas le vacarme! Et ce faux jeton de Christian qui déclare à mon père, le plus sérieusement du monde : "On a intérêt à bien se reposer cette nuit, la journée de demain va être rude...". Nan mais il est sérieux? Dormir, tout en sachant qu'il y a de dangereux monstres dans les parages? Des monstres prêts à nous attaquer lâchement pendant notre sommeil? Et ben oui il était sérieux... Monsieur a dormi comme un bienheureux toute la nuit, comme si de rien n'était. A croire qu'il les aime, les dragons. J'me demande même si ça ne serait pas un de ces bestiaux déguisé en être humain, histoire de nous espionner! Non mais c'est vrai quoi! J'vous l'avais dit qu'il était louche ce type! Toujours est il que moi j'ai pas dormi de la nuit en tout cas. Impossible de fermer l'½il. J'ai guetté le moindre bruit, le moindre grattement suspect aux alentours de ma tente. Ah il pourra me remercier le Christian, d'avoir si courageusement monté la garde! J'ai le sens du sacrifice moi!

En résumé, vous vous doutez bien qu'au lever du soleil, j'étais d'une humeur... joyeuse... Et ce crétin de Christian qui me prend à part, me serre vivement la main et me déclare, en me regardant droit dans les yeux : "Je vous souhaite force et courage, mon prince. Sachez que j'ai été honoré de faire ce voyage en votre compagnie." Il me prend pour une pomme ou quoi? Il serait le premier à me poignarder dans le dos s'il en avait l'occasion! Je ne lui ai donc pas répondu et je suis allé rejoindre mon père, ma s½ur, et le groupuscule de chevaliers. Christian et les paysans, eux, restaient là pour garder le campement provisoire, et avaient la lourde tâche de surveiller et de prendre soin d'Anaïs, qui ne pouvait décemment pas s'approcher des dragons. Heureusement d'ailleurs, je ne saurais même plus qui je voudrais voir gagner... Un gros lézard cracheur de feu ou une pimbêche? huuumm... Si vous voulez mon avis, le vainqueur n'est pas si facile que ça à trouver... J'suis sûr que même un dragon aurait peur de ma douce s½urette. Pour tout vous dire, pendant une seconde j'ai même ressenti un élan de sympathie à l'égard de Christian. C'était un traitre et un faux jeton, certes, mais tout de même. Il ne mérite peut être pas un tel sort. Être coincé toute la sainte journée avec Anaïs, avec pour mission de répondre à tous ses caprices... Fiouuu, soulagé d'aller affronter un dragon en fait! Bien fait pour le blondinet!

Notre petit comité a donc quitté la forêt pour s'enfoncer dans la montagne. Père était silencieux comme une ombre. Grave et plus sérieux que jamais, il était concentré sur les diverses traces de dragons qui se trouvaient sur notre chemin. Apparemment, ils n'étaient pas loin... Mathilde également était silencieuse, toujours aussi stoïque. Je l'ai cependant trouvée un peu plus pâle que d'habitude. L'appréhension certainement. Je dois d'ailleurs dire que j'ai été assez étonné de voir que Mathilde nous accompagnait à la chasse. J'avais cru qu'elle allait rester au campement, avec Anaïs et les paysans. Mais le gigantesque arc coincé sur son épaule ne laissait aucune place au doute : elle était là pour se battre, elle aussi. Pour ma part, je préférais le concret de mon épée, et je ne voyais pas comment ma s½ur allait se débrouiller avec une arme presque plus haute qu'elle. Mais soit, tant qu'elle se sentait à l'aise avec ça. J'ai doucement pressé son épaule, pour la rassurer, et elle m'a renvoyé un faible sourire d'encouragement, pour m'apaiser à mon tour. Ah les joies de la fraternité! Dans ces moments là, je me rends compte à quel point on aurait pu devenir proches, Mathilde et moi, si on avait fait l'effort. Mais maintenant il est trop tard, ce serait difficile de briser le mur qui s'est dressé entre nous. Et puis, Camille a en quelque sorte pris sa place. Ce que Mathilde ne m'a jamais reproché, par ailleurs! quand je vous disais que c'est une fille bien, ma s½ur!

Notre prudente avancée dans les montagnes a été brusquement interrompue par un hurlement, en plein milieu de la matinée. Nous recherchions un endroit où nous poser une petite demi heure, histoire de manger en vitesse et de nous préparer psychologiquement au combat, quand ce cri a retenti. Mais ce qui nous a glacé le sang, c'est qu'il ne s'agissait pas du grognement d'une horrible bête. C'était un cri humain, un cri de terreur. Et à en juger par le côté aigu de la chose, à moins qu'il ne s'agisse d'un garçonnet ou d'un eunuque, c'était un cri féminin. Armes brandies, prêts à en découdre, nous nous sommes précipités. Nous avons atterri dans une petite clairière, un petit point d'eau encerclé par des pics montagneux. Mis à part le côté dangereux de la chose, l'endroit était splendide. Et côté appréciable, aucune trace de dragons. On trouva rapidement la source de ces cris de panique. Au milieu du petit lac, une jeune femme tentait désespérément de rester à la surface, battant pitoyablement des bras pour essayer de regagner la berge, sans grand résultat. Sans plus réfléchir, mon père ôta sa lourde cape de fourrure puis se précipita à l'eau. Après quelques minutes qui me parurent une éternité, il finit par hisser la pauvre inconnue sur la berge et sortit de l'eau à son tour, avec quelques difficultés cependant. L'armure dans l'eau, c'est pas l'idéal. C'est déjà lourd en plein air alors imaginez gorgé d'eau... Après avoir constaté que mon père allait bien, je me suis alors concentré sur la jeune femme. Mathilde était déjà à ses côtés, l'avait prestement emmitouflée dans une couverture, et s'assurait qu'elle n'avait aucune séquelle de sa quasi noyade. Bon Dieu, qu'elle était belle... Un teint hâlé, comme si elle passait toutes ses journées à l'extérieur, des cheveux d'un noir profond, des yeux noisettes qui brillaient au soleil... ça changeait de toutes ces filles que j'avais l'habitude de voir, ces princesses de pacotille si fades... Là, devant moi, j'avais une femme, une vraie. Et je peux vous dire que j'étais prêt à l'instant même à la jeter au milieu des dragons, histoire d'aller la sauver et de pouvoir prétendre ensuite à l'épouser. C'est idiot les pulsions, mais c'est comme ça. Sur le coup, je me suis mis à rêver d'avoir cette fille pour femme. J'ai passé tout le repas qui a suivi à la contempler d'un air béat. Heureusement pour moi, elle semblait bien s'entendre avec Mathilde et donc bavardait avec elle sans faire attention à ce qu'il se passait autour, sinon j'aurais eu l'air d'un vrai idiot. Mais je crois que mon père m'a remarqué, lui...

Elle s'appelle Shagun... Quel magnifique prénom exotique! Elle nous a confié venir d'Arrima, le pays séparé d'Yllonis par ces montagnes, justement. C'est drôle, j'ai envie de découvrir le monde maintenant... J'suis sûr qu'un pays montagneux comme Arrima est tout aussi joli et digne d'intérêt que ma belle Yllonis! Après m'être raclé la gorge (faudrait pas que ma voix me lâche juste à ce moment!), je me suis enfin décidé à engager la conversation avec l'élue de mon c½ur. Nous avons discuté de tout et de rien, et avoir ces deux grands yeux de biche si près de moi m'a fait totalement fondre. Elle m'a avoué venir d'une famille noble, son père étant le trésorier principal d'Arrima. Une noble, c'est presque une princesse non? Je vous dit que c'est jouable! Shagun, reine d'Yllonis! Quand ça a été mon tour de raconter ma vie, elle m'a poliment écouté, avec un doux sourire qui m'a donné envie de l'embrasser. Je ne sais pas comment j'ai réussi à terminer mon récit d'ailleurs. Quand je suis arrivé au chapitre du dragon, son sourire a laissé place à une expression de crainte. Moi, chasser des dragons? Son inquiétude pour moi m'a fait chaud au c½ur! ça veut dire qu'elle m'aime bien non? Je vous le dit, c'est dans la poche!

Soucieuse, ma belle future fiancée est allée s'entretenir avec mon père. Une bonne demi heure plus tard, celui ci est réapparu, en déclarant que Shagun savait où se terraient les dragons, et qu'elle allait nous servir de guide. Et c'est donc pour la première fois de bonne humeur que j'ai repris la route. Les dragons? Même pas peur! Oui enfin... Jusqu'à ce qu'on tombe sur leur nid...

Vous croyez tout savoir sur les dragons? Vous croyez être incollable, après avoir lu des bouquins sur le sujet et tout... Ben croyez moi, les personnes qui ont écrit ces bouquins ne sont que des mythomanes de première! Les dragons sont loin de faire 8 mètres et de cracher du feu. En réalité, ils mesurent 3 mètres à tout casser, et ils ne crachent pas du feu, mais une espèce de liquide non identifié, probablement toxique. J'ai une rangée de cloques sur le bras comme témoignage... Mais le pire, c'est l'odeur! Affreux! Un mélange de souffre, d'½uf pourri, et de brûlé... Et puis ils sont moches! Au lieu du majestueux reptile couvert de belles écailles, on a le droit à une peau verdâtre certes, mais qui n'a rien de l'écaille. Plutôt une couche de quelque chose qui ressemble à des croûtes purulentes... J'ai regretté d'avoir mangé...

Ils étaient deux. A peine avait on mis le pied dans leur tanière, que le premier m'a donc craché sur le bras. Sale bête. Vexé d'avoir été ainsi humilié devant Shagun, j'ai brandit mon épée et foncé sur l'ennemi, sans plus me remémorer mes cours d'escrime. Le résultat est que mon épée a bien vite été envoyée au loin d'un vicieux coup de queue, et je me suis retrouvé à la merci des deux bêtes, qui semblaient prêtes à me dévorer. Mais une flèche s'est soudain plantée dans le front du deuxième dragon. Ils ont tous les deux reculé en crachant, et je me suis retourné pour voir ma chère Mathilde, l'arc encore dans les mains, le regard déterminé. A la fois reconnaissant et honteux, j'ai récupéré mon épée et rejoint le groupe. Mais c'était trop tard, mon attaque irréfléchie avait gâché nos chances. Les dragons s'étaient réfugié dans leurs grottes et il était hors de question d'aller les provoquer à l'intérieur, ça aurait été du suicide.

Nous avons donc regagné la clairière où nous avons rencontré Shagun, épuisés et déçus. Tout était à refaire... Moi qui croyait que ça allait se faire tout seul... Nous avons installé un petit campement de fortune, bien décidés à leur régler leur compte demain dés l'aube. Et croyez moi cette fois, je ne me ferais pas avoir... Dragons, je vous hais...


Copyright Emmanuelle B.

# Postato sabato 04 ottobre 2008 14:06

Modificato domenica 05 ottobre 2008 06:12

Dimanche 5 Octobre

Je me suis réveillé tout courbaturé, avec le bras qui me démangeait fortement. Non mais quelle galère! Si ça se trouve, ma peau va fondre, et mon bras va tomber! C'est cruel, un dragon... En plus, j'étais transi de froid, le feu s'était apparemment éteint pendant la nuit. Mais j'ai vite oublié tous ces inconvénients quand j'ai tourné la tête. Pas très loin de moi se trouvait le plus beau spectacle du monde. La couche de Shagun était proche de la mienne, et j'avais pleine vue sur la belle en train de dormir. Magnifique... On aurait dit un ange. Plus décidé à me lever, je suis resté là à la contempler sans bouger, pendant une bonne dizaine de minutes. Quand je me suis rendu compte qu'elle frissonnait, je me suis résigné à sortir de ma couche. Tel le bon prince que je suis, j'ai sacrifié ma lourde cape de fourrure pour l'en recouvrir, afin qu'elle se réchauffe. C'est alors que je me suis rendu compte que je n'étais pas le seul à être réveillé. Un peu plus loin, assis sur un amas rocheux et déjà tout habillé, mon père était là. Il était en train d'aiguiser la lame de son épée, mais apparemment il observait mes faits et gestes depuis un bon moment. Et mince! S'il se rendait compte que j'avais craqué pour Shagun, il était capable de m'envoyer en exil jusqu'à ce que ce soit le moment pour moi d'aller trouver la vraie princesse qui était destinée à devenir mon épouse. Tout rouge, j'ai donc balbutié un truc du genre "Euh... La pauvre, je n'allais pas la laisser mourir de froid... Elle n'a rien fait...". Et pour me donner bonne contenance, j'ai fait mine de remonter doucement la couverture de Mathilde, histoire de montrer que je me préoccupais aussi du bien être de ma s½ur. C'est alors que mon père a déclaré, du ton neutre qui lui était habituel : "On ne choisit pas une future reine selon son lignage. Une citoyenne peut avoir plus l'étoffe d'une reine qu'une princesse...". Et il a repris son occupation première, sans plus se préoccuper de moi. Mais moi, j'en suis resté bouche bée. J'avais rêvé, où il venait de me donner sa bénédiction pour que j'épouse Shagun?

C'est donc tout heureux que je me suis chaudement habillé, et que je me suis mis à mon tour à aiguiser la lame de mon épée. J'en ai profité pour répéter intérieurement quelques cours d'escrime. Cette fois, les dragons ne m'auront pas. Hors de question que je me ridiculise une nouvelle fois devant ma future reine! Quand Mathilde s'est réveillée, à son tour, elle est venue boire son café à mes côtés, sans un mot. J'aime beaucoup ma s½ur, mais je dois dire que je lui ai trouvé une mine affreuse, ce matin. Autant hier elle était pâle, autant aujourd'hui elle était carrément blafarde. Presque verdâtre, même. Au vu de sa réaction face aux dragons hier, ce n'était certainement pas la peur qui la tiraillait. Elle était courageuse et avait une sacrée dose de sang froid ma Mathilde. J'en ai donc conclu qu'elle était peut être tombée malade. Je m'en suis immédiatement voulu de ne pas avoir remonté sa couverture plus tôt sur ses épaules. Hypnotisé que j'avais été par Shagun - Ah, Shagun... - je n'avais même pas remarqué que ma propre s½ur était probablement transie de froid elle aussi. J'étais sur le point de lui demander si elle se sentait bien, mais mon attention fut attirée par le bruit de Shagun qui se réveillait. Ce fut plus fort que moi, je ne pus faire autrement que de détourner mes yeux de Mathilde, pour observer Shagun de ce regard béat d'admiration que je semblais lui réserver. Elle sembla surprise de trouver ma cape sur ses épaules et, reconnaissante, elle vint me la rendre, me gratifiant d'un baiser sur la joue au passage. Je crois qu'à cet instant j'aurais pu mourir, tellement j'étais heureux. J'avais tellement oublié Mathilde et ces possibles problèmes de santé.

C'est quand mon père nous rejoignit pour s'informer lui même de la santé de sa fille que je redescendis sur terre. Apparemment, je n'étais pas le seul à l'avoir remarqué. Mathilde reconnut qu'elle se sentait bizarre, et finalement mon père décida qu'elle rentrerait au campement. Là bas, les paysans s'occuperaient d'elle. Et comme il était un peu soucieux, il décida également qu'il l'accompagnerait, pour être certain que tout allait pour le mieux. J'allais donc affronter les dragons... Tout seul... Enfin presque. Shagun, qui était la seule à connaitre vraiment le chemin jusqu'à leur tanière, se proposa pour venir avec moi. Cela me rassura un peu, sans pour autant apaiser la panique qui montait de plus en plus. Si hier j'en avais réchappé de justesse, c'est parce que Mathilde avait été là pour me sauver la mise. Et malgré toutes les qualités possibles et imaginables que pouvait avoir Shagun, rien ne me disait qu'elle savait se battre, et qu'elle pouvait se montrer utile devant des dragons.

C'est donc la mort dans l'âme que j'ai repris le chemin maudit. Devant moi, Shagun avançait sans hésiter, et je ne faisais que la suivre, en fixant les ondulations que faisaient ses boucles brunes le long de son dos. Cela me faisait penser à une cascade qui coulait, imperturbable. Et cela m'apaisa à un tel point que quand je repris mes esprits, nous étions dans le territoire des dragons. La brusque sensation de la main froide de Shagun sur mon bras (comment pouvait elle avoir les mains si froides que ça en traversait le cuir de mes brassières? Brrr...) me réveilla complètement, et je sautais de justesse sur le côté, pour éviter le crachat d'un des dragons, qui était sorti de la grotte. Pour le moment il était seul, et j'espérais bien que son compagnon dormait vraiment profondément. Un dragon à la fois, c'était suffisant! J'ai marmonné une prière, la première depuis très longtemps, et je me suis lancé dans la bataille. Il s'est vite avéré que mes craintes étaient fondées, et que Shagun n'avait aucune notion de combat. D'ailleurs, que pouvait on espérer d'une fille qui ne savait même pas nager? Ma belle s'était réfugié sur un des pics montagneux, juste assez haut pour être hors de portée des dragons. Elle me regardait me battre, anxieuse. C'était donc le moment ou jamais pour l'impressionner. Si je me plantais cette fois ci, tous mes espoirs de vie future en sa compagnie tomberaient à l'eau. Soit parce que je serais mort, soit parce que ma nullité totale dans l'abattage de dragon me décrédibiliserait pour de bon à ses yeux. J'ai donc serré mon épée à m'en faire blanchir les phalanges, je me suis concentré sur mon ennemi, et je me suis lancé à corps perdu dans la bataille.

Les deux premières minutes, j'ai cru mourir un bon millier de fois. Le dragon est une bête rusée et vicieuse, et douée d'un instinct de survie particulièrement développé. Puis j'ai fini par analyser la situation, et je me suis rendu compte que j'avais simplement affaire à un ennemi qui possédait deux armes : un crachat à la constitution plus que douteuse, et une queue assez puissante pour m'assommer en un coup. J'ai donc commencé à "danser" avec le dragon : et un saut en arrière pour éviter la méchante queue, et une génuflexion pour éviter le venin, etc... Au final, j'ai fini par dominer la bête. Maintenant que j'esquivais sans problème ses attaques, il était enfin temps pour moi de porter un coup à mon tour. Je m'apprêtais à lui planter mon épée dans le crâne (Merci Mathilde de m'avoir montré que c'était un point sensible!), quand un horrible sifflement retentit. totalement déconcentré, j'ai bien failli me retrouver écrabouillé par la queue de l'animal. Et comble de malchance, l'étrange sifflement avait attiré l'autre dragon. Me voilà bien... Pour être franc, à cet instant j'ai sérieusement songé à m'enfuir à toutes jambes, sans plus me préoccuper de ce que diraient les gens d'un prince lâche et couard. Et pour être encore plus franc, c'est ce que je m'apprêtais à faire, et que j'aurais fait, si une hache n'était soudain apparue de nulle part, pour se planter dans le crâne du dragon numéro deux, qui s'écroula à mes pieds.

Ahuri, j'ai vu Christian surgir de derrière un rocher, se précipiter pour récupérer sa hache, et éviter de justesse une attaque furieuse du dragon restant. Je ne savais plus que penser. D'un côté je n'avais jamais été si heureux de voir Christian, et de l'autre j'étais terriblement vexé et furieux qu'il m'ait volé la vedette, encore une fois. Et devant Shagun, qui plus est... Manquerait plus que désormais elle n'ait d'yeux que pour le blondinet, comme Anaïs... Estimant que couper le paysan en rondelles serait assez mal vu, j'ai jugé nécessaire de passer ma colère sur le dragon. Après avoir poussé un hurlement de désespoir, je me suis jeté sur le monstre, sans plus rien calculer, sans plus réfléchir. Et ça m'énerve de dire ça, mais heureusement que Christian était là. S'il n'avait pas frappé le flanc du dragon avec sa hache à ce moment, je serais mort à l'heure qu'il est. Sonnée par la douleur, la bête est restée immobile un instant. Un instant de trop. Elle n'avait pas eu le temps de réagir que j'avais planté mon épée dans sa gorge. J'avais terrassé le dragon...

Je n'arrivais plus à mettre mes pensées en place, j'étais totalement déconnecté de la réalité. J'avais terrassé le dragon... J'AVAIS TERRASSE LE DRAGON!!!!!! Une tornade brune se jeta dans mes bras, et m'embrassa à pleine bouche. Shagun... Shagun qui pleurait... Shagun qui était fière de moi... Il y avait aussi la main de Christian, sur mon épaule. Une petite pression, qui pouvait passer pour des félicitations. Finalement, il était assez sympa, peut être bien que je n'aurais pas de mal à supporter sa présence pour les prochains jours. Ou peut être que si...

Je ne sais pas si quelqu'un vous a déjà regardé avec une haine si intense que ça vous transperce le c½ur. Et bien c'est comme ça que Christian regardait Shagun, tout en faisant mine de me féliciter pour ma victoire. Ainsi donc j'avais vu juste... Ce Christian n'était qu'un être peu digne de confiance, et qui visiblement avait une dent contre ma fiancée. Tout en faisant semblant de n'avoir rien remarqué, j'ai serré Shagun contre moi, et j'ai commencé à marcher en direction du campement. Il était temps de retrouver mon père, mes s½urs, les paysans, et de savourer ma victoire. Je m'occuperais du cas Christian plus tard... Durant tout le chemin du retour, j'ai pu constater le réel talent de comédien du grand blond. Plus aucune trace de méchanceté dans son regard, il avait retrouvé cet air bon et innocent qui cachait si bien sa fourberie. Il me raconta les caprices d'Anaïs, la façon dont il s'était occupé de Mathilde, toujours souffrante, avant qu'il ne doive finalement venir à ma rescousse sur la demande de mon père, qui avait eu un mauvais pressentiment. Bien le pressentiment tiens... Si mon père savait qu'il m'avait jeté dans la gueule du loup... Et je ne parle pas des dragons évidemment... Mais Christian ne semblait pas décidé à se débarrasser de moi tout de suite, car nous atteignîmes le campement en début de soirée, sans encombres. Immédiatement, je racontais mes exploits à mon père, Shagun toujours serrée contre moi. Je ne saurais l'expliquer, mais c'était comme si une force invisible me poussait à la protéger contre Christian. Je n'arrivais pas à lâcher la main de ma bien aimée. C'est donc en sa compagnie que je suis allé au chevet de Mathilde. Car malheureusement, son état avait empiré. Ma chère s½ur était dans un état pitoyable, rouge de fièvre. Et on ne pouvait même plus dire qu'elle était consciente, car elle avait commencé à délirer. C'est comme ça qu'il avait pris soin d'elle, Christian? Même Anaïs semblait effondrée, et ça me fit quelque peu plaisir de voir qu'elle était capable de s'inquiéter pour quelqu'un d'autre qu'elle.

Mais quand j'ai levé les yeux, j'ai de nouveau surpris le regard de Christian. Il nous regardait tous au chevet de Mathilde, et il n'eut pas le temps de cacher ce regard haineux qu'il avait déjà eu dans les montagnes. Il commençait vraiment à me faire peur, le paysan... C'est à regret que j'ai laissé Shagun aller rejoindre la tente d'Anaïs, et je suis allé retrouver la mienne. Cette fois encore, j'ai fait semblant de dormir quand Christian m'a rejoint. Mais je sais qu'au moment où je me suis laissé allé au vrai sommeil, son regard perçant pesait encore sur moi...


Copyright Emmanuelle B.

# Postato sabato 04 ottobre 2008 20:13

Modificato domenica 05 ottobre 2008 17:44

Lundi 6 Octobre

J'ai passé une nuit affreuse. Une nuit peuplée de cauchemars dans lesquels Christian se transformait en gigantesque dragon, et massacrait tout le campement. Petite variante, parfois il ne faisait qu'enlever Shagun, pour la dépecer tranquillement puis la jeter à l'eau. Ignoble monstre... Imaginez donc ma surprise et mon angoisse quand, à l'instant où j'ai ouvert les yeux ce matin, je me suis rendu compte que Christian était réveillé lui aussi, et qu'il me fixait avec insistance. C'est assez troublant de se réveiller, et d'avoir pour première vision la personne dont vous venez de rêver. Surtout quand celle ci perpétrait des actes atroces.

- "Mademoiselle Mathilde semble s'être apaisée. Elle a fini par réussir à s'endormir..."

Je n'ai rien répondu, si ce n'est un vague grognement, et je me suis précipité hors de la tente, autant pour aller vérifier par moi même l'état de santé de Mathilde que pour échapper à un tête à tête avec Christian. Comment ce sale individu osait ne serait ce que prononcer le nom de ma s½ur? Il ne doutait vraiment de rien, mais moi je voyais clair dans son jeu. Arrivé au chevet de Mathilde, j'ai constaté qu'elle était encore brulante de fièvre, mais en effet elle dormait paisiblement. Je me suis assis à ses côtés pour prendre mon petit déjeuner. Nous étions seuls dans sa tente et, pour la première fois de ma vie, je me suis confié à ma s½ur. Je lui ai raconté mes sentiments envers Shagun, la bénédiction de notre père, et mon envie qu'elle se rétablisse vite pour partager mon bonheur. Oui, je l'aimais sincèrement ma s½ur, et ça me faisait mal au c½ur d'avoir été obligé d'attendre de la voir en si piteux état pour m'en rendre compte.
J'ai fini par la laisser tranquille, ne voulant pas troubler son repos enfin réparateur plus longtemps. La vision qui m'accueillit au dehors me réchauffa le c½ur : le campement s'était animé, la majorité des gens étaient levés, et un peu plus loin mon père et Shagun étaient en pleine discussion. A en voir le début de sourire de mon père, et celui plus franc de Shagun, la conversation semblait agréable. Mon père me fit signe de venir, ce que je m'empressai de faire. Là, il m'annonça tout de go que les préparatifs pour mon mariage avec Shagun étaient en route. Il en avait parlé avec elle, elle avait été d'accord, et il avait déjà envoyé un de ses hommes à Arrima pour aller demander la main de Shagun à son père, le trésorier du roi d'Arrima. J'en suis resté sonné. Fantasmer sur une magnifique inconnue, c'était une chose. Voir ses rêves se réaliser, c'était une autre histoire. Mais le sourire radieux de ma bien aimée me rassura, et je me laissais aller à rêver à mon futur prometteur. Main dans la main, Shagun et moi nous passâmes toute la matinée dans la tente de Mathilde. Elle s'était enfin réveillée, et même si elle était très faible, ses yeux brillaient de joie à l'écoute de notre conversation. D'une voix à peine audible, elle nous souhaita tous ses v½ux de bonheur, et espérait être totalement rétablie pour le mariage. Je l'espérais aussi. Et c'est à cet instant précis que j'ai pris la décision de trouver ce qui avait rendu malade ma s½ur. Et, pourquoi pas, de trouver QUI l'avait rendue malade. Car je le sentais, quelqu'un avait rendu ma s½ur malade. Je ne soupçonnais personne en particulier pour le moment, car mon impression, c'est tout de même un mince indice. Mais quand même... Christian était un vrai salopard!

Nous sommes finalement sortis aux alentours de midi. Mathilde était encore loin d'être rétablie, et elle avait de nouveau eu besoin de se reposer. Et tandis qu'une de mes s½urs s'endormait, l'autre se réveillait tout juste. Fraîche comme une rose, ses boucles blondes cavalant sur ses épaules, Anaïs sortit de sa tente pratiquement en même temps que nous sortions de celle de Mathilde. Elle s'est incrustée entre Shagun et moi pendant presque une heure, croyant nous intéresser en parlant de sujets aussi inutiles que les insectes qui apparemment la "harcelaient constamment', ou sa tristesse de se retrouver aussi loin de tout, sans aucun commerce à proximité. Je me retins de justesse de lui rétorquer que personne ne l'avait forcée à venir avec nous, qu'au départ elle n'était même pas censée faire partie du voyage. Mais que voulez vous, je suis trop bon. Et puis vous allez peut être trouver ça bête, mais quand Shagun est à mes côtés, je me sens plus calme, plus serein. Cette fille est extraordinaire! Nous avons déjeuné, tous ensemble (devinez qui s'est trouvé assis à ma gauche? Christian bien sûr -_- ... J'aurais encore préféré le bavardage d'Anaïs), et puis nous avons commencé à attendre, jusqu'à sentir poindre l'ennui. Car en fait, ce que nous attendions, c'était les hommes de mon père. Dans la matinée, ils étaient repartis dans la tanière des dragons, afin de récupérer les cadavres. Car il fallait bien les ramener au village, comme preuve de ma bravoure. Nous étions donc coincés au campement, tant que les hommes n'étaient pas de retour. Pour m'occuper un peu, j'ai fini par décider d'aller me promener dans les bois attenant au campement. Une bonne promenade allait me réveiller et me dégourdir les jambes, perspective bien agréable.

Mais comme je me tue à le répéter (et vous finirez bien par concevoir que j'ai raison!), Dieu a probablement une dent contre moi. Alors que je me réjouissais de me retrouver au milieu des arbres et des buissons qui sentaient bon l'herbe, Anaïs la pimbêche a lourdement insisté pour m'accompagner. Je ne voulais pas me retrouver seul avec elle mais... Mon père veillait Mathilde, Shagun faisait une sieste, et Christian... Il était hors de question que je demande à Christian de nous accompagner! Cela ne l'a pas empêché de faire partie de la ballade, malheureusement. Oh, pas physiquement, certes... Mais, croyant certainement que je m'intéressais à sa vie, Anaïs n'a cessé de me chanter les louanges de ce cher Christian, et de me bassiner avec son amour naissant pour lui. Bon sang, j'aurais tout entendu dans ma vie. Il ne manquerait plus que ce traitre devienne mon beau frère tiens... J'étais sur le point de céder à mes pulsions et d'écraser un joli galet sur le crâne d'Anaïs, quand elle s'est elle même coupé la parole en poussant un immense cri de ravissement. Elle s'est précipitée vers un bosquet de roses en déclarant qu'elles étaient magnifiques, et qu'elle allait en cueillir pour elle, Mathilde et Shagun. Bah, je préférais cueillir des fleurs que d'écouter une seconde de plus les louanges de mon ennemi juré. J'ai donc aidé ma s½ur à ramasser quelques roses avant, lassé, d'aller m'assoir sur un tronc d'arbre coupé pour attendre patiemment qu'elle ait fini. Quand elle a disparu de mon champ de vision, j'ai commencé à penser qu'elle exagérait. Il faisait froid, et je n'avais pas que ça à faire de subir les caprices de mademoiselle. Et quand je l'ai entendue pousser un cri de terreur, j'ai senti l'exaspération monter fortement en moi. Si elle était de nouveau tombée dans un ravin, je jure que j'aurais fait semblant de n'avoir rien entendu, et que je l'aurais laissée se débrouiller toute seule.

De mauvaise humeur, je me suis levé de mon tronc d'arbre et j'ai suivi les pas d'Anaïs, jusqu'à ce que je l'aperçoive. Elle n'était pas tombée dans un ravin, et elle me tournait le dos. Mais même sans voir son visage, je pouvais sentir la peur et le dégout qu'elle ressentait, tant son corps était raide. Un peu inquiet tout de même, j'ai accéléré le pas pour la rejoindre, et elle en a profité pour se jeter dans mes bras, et éclater en sanglots. Moi, j'ai blêmit. Avachi dans un fourré, un homme se trouvait là... mort. Au vu des traces ornant son cou, il avait été étranglé, et son costume ne laissait aucun doute. Il s'agissait d'un des hommes de mon père. Il tenait encore à la main la missive de mon père demandant humblement au trésorier du roi d'Arrima de céder la main de sa fille à son fils, Gaël. Je me sentis mal tout à coup, et j'entrainais vivement Anaïs sur le chemin du retour. J'en avais maintenant la certitude, quelqu'un cherchait à empêcher mon mariage avec Shagun. Et il était déterminé à un tel point qu'il était prêt à tuer pour ça. Ce n'était vraiment pas rassurant.

Arrivé au campement, j'ai envoyé Anaïs dans la tente de Mathilde, et je lui ai dit de m'envoyer notre père, pour un entretien urgent. J'ai constaté que Christian n'était pas dans les parages, et je me suis demandé si c'était parce qu'il était allé faire un tour en forêt pour... tuer un cavalier par exemple? Mon père est arrivé, encore plus grave que d'habitude, et je lui ai tout raconté, de mes soupçons sur les intentions de Christian jusqu'au garde assassiné. Il m'a patiemment écouté, sans m'interrompre, puis il m'a dit qu'il allait se charger de tout, que je n'avais qu'à prendre soin de Shagun. J'ai acquiescé, même si la boule au fond de ma gorge prenait de plus en plus de place. Christian a fait sa réapparition en fin d'après midi, l'air soucieux mais pas coupable. Ce qui m'a une fois de plus bluffé. Comment pouvait on si bien cacher son jeu? Savait il qu'il avait été découvert? En tout cas, il a directement rejoint la tente de Mathilde, sans adresser un mot à personne. Est ce que par hasard sa prochaine victime était ma s½ur? Il en était hors de question! J'ai ouvert le pan de la tente, pour regarder ce qu'il s'y passait, prêt à lui sauter à la gorge s'il tentait quoi que ce soit de louche. Mais il était seulement en train de nourrir Mathilde, tranquillement, sous le regard embué d'Anaïs, toujours pas remise de ses émotions. Et c'est alors que ça a fait tilt dans ma tête. Comment n'y avais je pas pensé plus tôt? Mathilde avait été empoisonnée! Par Christian! Et c'était plus que facile pour lui de continuer à lui faire absorber petit à petit du poison, puisqu'il était le seul à la nourrir depuis sa maladie. Je n'en revenais pas de ma découverte, et si Shagun ne m'avait pas brusquement sauté sur le dos à cet instant pour me faire peur, j'aurai foncé dans la tente pour séparer la tête de Christian de son corps. Au lieu de ça, j'ai plaqué ma main sur les lèvres de ma fiancée pour l'empêcher de faire plus de bruit et je l'ai entrainée un peu plus loin. Là, je lui ai expliqué que Christian était un tueur psychopathe, dangereux, et qu'il ne fallait pas qu'elle s'approche de lui. Je l'ai raccompagnée jusqu'à sa tente, puis j'ai veillé sur son sommeil, en silence. Quand Anaïs est venue se coucher à son tour, je les ai laissées seules. Je suis passé discrètement devant la tente de Mathilde, pour constater que Christian y était encore. Apparemment il lui parlait, mais trop bas pour que je comprenne le sens de ses paroles. Satané paysan...

J'ai rejoint ma propre tente, l'esprit bouillonnant. Tant de questions sans réponses... Une autre, et encore une autre... Je crois bien que cette fois encore, je ne fermerais pas l'½il de la nuit...



Copyright Emmanuelle B.

# Postato lunedì 06 ottobre 2008 03:33

Modificato lunedì 06 ottobre 2008 19:51